Sophie Cure
Le Bureau des Affaires Lexicales
du 14 octobre au 12 decembre 2021

ESADHaR
65 rue demidoff
76600 Le Havre


Entrée libre du lundi au samedi
de 14h00 à 18h00

PRÉSENTATION

Sophie Cure est née en 1987, elle vit et travaille à Paris. Après avoir fait ses premières armes à Amsterdam auprès de Richard Niessen & Esther de Vries, elle s’installe comme designer graphique fin 2012. Diplômée de l’ENSAAMA à Paris, elle conçoit des projets tels que des identités graphiques, des livres, des revues, des jeux qui se déploient dans divers domaines, de l’architecture à l’édition, du monde des spiritueux à celui de la presse. Elle collabore avec des institutions publiques, des artistes et diverses structures comme Le Signe, Centre National du Graphisme, le Ministère de la Culture, le Centre Pompidou, le Muséum national d’Histoire naturelle, Télérama… Sophie travaille aux frontières poreuses entre lecture et musique, typographie et notation musicale. Sa pratique du théâtre, de la danse et de la musique, lui font aborder le langage autrement. Les objets conçus sont souvent le résultat d’une attirance pour ce qui fait langage mais résiste à la sémantique et succombe à la musique. De projet en projet, un glissement s’opère vers un travail de recherche plastique plus transversal où la question du jeu occupe une place centrale.

Quelle est la première « émotion graphique » dont tu te souviennes ?
La première image qui me vient est la reproduction d’un tableau de Klimt, Danaé, qui était affichée aux murs de la première maison dans laquelle j’ai habité, enfant. Je me souviens très distinctement des motifs ocellés dorés sur le voilage noir à l’angle de la toile. Je pense aussi aux pigments sur l’étagère de l’atelier de mon père. Bleu outremer, de Prusse, cyan, cobalt, vert-de-gris, sapin, rouge cadmium, terre de sienne. J’aime ces poudres colorées, leurs teintes profondes, soyeuses. L’odeur de la térébenthine. Je pense aussi à Ars Grammatica de David Bessis, un livre de poésie qui m’a été offert quand j’avais 18 ans. Je crois qu’il a déclenché l’envie de faire un jour des livres comme ça.

 

Pour devenir graphiste, qu’as-tu dû désapprendre ?
Je crois que j’ai désappris à vouloir bien faire et tout anticiper, pour laisser de l’espace à l’accident, à l’imprévu, au raté, et pour sortir d’un système de pensée binaire où il y aurait une bonne et des mauvaises réponses. De projet en projet, j’ai appris à faire confiance à ce qui vient, aux rencontres fortuites, à saisir ce qui est déjà-là. J’apprends aussi à accepter qu’on ne peut pas tout faire en même temps et dans un rythme frénétique. C’est rassurant de savoir que les réponses à certaines questions ne viennent pas tout de suite. Le vide, le silence, la contemplation sont fertiles. On ne sait pas où on va à l’avance, ni quand les intuitions vont arrêter de tirailler dans un sens, puis dans l’autre. À un moment, elles se mettent à galoper toutes ensemble dans la même direction. J’aime sentir ce déclic, quand les pièces du puzzle s’emboîtent !

Présentez-nous votre projet pour cette édition 2021
Le projet pour Une Saison Graphique est une variation de l’exposition Les champs sémantiques, conçue en résidence au centre d’art Le Bel Ordinaire à Pau et présentée de janvier à juin 2021. Cette exposition, qui prenait la forme d’une grande cartographie, invitait le visiteur à parcourir mon territoire de jeu.
Au Havre, j’ai décidé de déployer plus particulièrement une des pièces de ce paysage : le Bureau des Affaires Lexicales (B.A.L.) qui organise notamment les élections du [mot du jour]. Ici, on s’occupe d’affaires très sérieuses. Les missions sont multiples mais l’objectif clair : aucun mot ne sera malmené ! Pour cette exposition installée dans une école d’art, j’avais envie de faire une proposition vivante qui implique les étudiants. D’octobre à décembre, le B.A.L. posera donc ses valises, ses dictionnaires, sa station météo, son éphéméride dans la Galerie 65 de l’EsadHaR. Une délégation sera constituée pour l’occasion. Elle veillera à ce qu’aucun dimanche1 ne vienne troubler le bon déroulement des élections. Pourront se porter candidats tous les mots ou groupes de mots, des plus inconnus aux plus ordinaires. Qui de boire2 ou de plumer3 l’emportera ?