Frenchlines & Compagnies
La Méditerranée, destination fascinante
exposition proposée en ligne à partir du 11 octobre

PRÉSENTATION

Nous sommes en 1921, la Marine marchande française sort affaiblie de la Première Guerre mondiale, de nombreux navires transformés en croiseur auxiliaire, transport de troupe ou hôpital ont payé le prix de cet engagement, victimes d’incendies, de torpillages ou de mines.
La Compagnie Générale Transatlantique doit se renouveler sur la ligne de l’Atlantique Nord : l’Immigration Restriction Act fait chuter le nombre de candidats à l’émigration vers les Etats-Unis, une nouvelle clientèle doit être encouragée, attirée par des navires toujours plus rapides et luxueux ; ce seront Ile-de-France en 1927 puis Normandie en 1935.
En Méditerranée, sous l’impulsion de son directeur John Dal Piaz, la Compagnie va faire preuve d’audace et répondre à une demande croissante de voyages où se mêleraient aventure et agrément.
De fait, la présence de la Compagnie Générale Transatlantique sur les lignes de l’Afrique du Nord depuis 1880 participe de la stratégie économique et politique de la France dans cette zone sous emprise coloniale. La fascination des Européens pour l’exotisme des pays méditerranéens est un potentiel commercial fort bien compris par la Compagnie qui s’en saisit. De premiers circuits combinant train et paquebot entre Paris, Londres et différents ports de la côté algérienne et tunisienne sont ainsi mis en place dès 1882. À partir de 1921, l’établissement de voyages organisés vers l’Afrique du Nord, doublés sur place d’un réseau complexe d’hôtels et de circuits en autochenille Renault, marque l’essor de ce qu’il convient d’appeler désormais « tourisme ».
Munis d’un seul billet, les voyageurs partis en train embarquaient sur les paquebots transméditerranéens de la Transat à Marseille ou Bordeaux, puis étaient pris en charge à leur arrivée pour découvrir le Sahara, l’Oasis de Figuig, Béni Abbès ou encore les ruines de Carthage. Sous tente ou dans de luxueux hôtels dits transatlantiques, ces passagers du désert goûtaient au mystère profond des nuits sahariennes, à la fraicheur verdoyante des oasis, à la découverte de ruines antiques, à l’effervescence colorées des marchés

 

Forte d’une politique de communication volontariste, la Compagnie Générale Transatlantique fait appel à des illustrateurs et affichistes de talent. Abandonnant pour un temps la seule représentation de navires, le message publicitaire va ici, plus encore que pour les autres lignes, montrer une grande diversité de styles et de références.
Avec ses larges traits de pastel lumineux Henri Villain (1878-1938) nous fait ressentir les traces majestueuses de l’histoire par ses effets de ruines surplombant un oued. Une histoire dont l’écho se perpétue dans les gestes des lavandières, une activité immémorielle et ici sublimée.
Henri Villain avait fait le choix de vivre dans l’Aurès en ascète, Jeanne Thil (1887-1968) parcourt la Tunisie et le Maroc et crée des décors et des illustrations pour les compagnies maritimes. Avec elle nous entrons de plain-pied dans une foule compacte accompagnée d’ânes et de chameaux au pied de la Katoubia à Marrakech.
Entre image d’Epinal et dessin outré, Robert Broders (1883-1953) fait entrer la modernité dans la publicité des auto circuits nord-africains. L’intrusion de l’automobile, le choc des cultures, les contrastes aigus des couleurs en appellent à une clientèle américaine friande d’Histoire et de dépaysement.
Résonnant des échos d’un Orient mythique, nourrissant le désir d’exotisme d’une société en quête d’ailleurs, les illustrateurs et la Compagnie composent une partition colorée d’une douceur langoureuse ou bruissante du pas des passants, du mouvement de l’eau, du vrombissement des moteurs, de la chaleur stridente. Ils proposent dans les années 1930, avec leurs effets de sable d’or et de ciels profonds et bleus électrique, de rêver et de découvrir « the magic of Islam ».

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